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Un jubile sacerdotal
Arts Actualites Magazine
Cenac est entré en peinture, comme d’autres entrent dans une église ; avec dévotion, précaution et une attention particulière qu’il vouait à ses maîtres d’alors. Voilà quelque 65 ans, jeune peintre fougueux, des idées plein la tête à peine sorti de l’adolescence il élabore ses premières toiles dignes de ce nom. Il a le secret espoir de devenir un grand peintre qui marquera à sa manière, le siècle qu’il est bien décidé à dévorer à pleines dents.

Dès 1938 il fera sa première exposition qui enthousiasmera famille et amis toutefois sans engagement personnel de leur part. Tant pis il fera son chemin seul et décide tout d’abord de faire fortune en Afrique, afin de pouvoir plus tard donner libre cours à sa passion, débarrassé des contraintes financières.Dès les années soixante-dix, il se rendra tous les jours que Dieu fait, à l’académie de la Grande chaumière, où il peaufinera sa technique et son approche de l’art pictural jusqu’en 1985.

On ne le sait pas assez, mais dans sa palette il y a une touche un peu plus secrète, qui est celle de la sculpture. Ce baroudeur au caractère bien trempé ne pouvait ignorer la passion de transformer la matière en faisant naître des personnages aussi puissants que ces hommes taillés à la serpe ou ces jeunes filles graciles aux corps délicats évoquant la poésie et la sensualité éthérée des tanagras, bijoux de nos ancêtres. Ses larges mains habituées à frapper fort sur la table, font aussi bien l’amour que la guerre.

Trente ans consacrés à la représentation des images qu’il a dans sa tête de jeune homme de 80 ans ont fait de lui l’artiste incontournable de notre époque.

Que d’évolution dans la continuité quand on compare les paysages de son exposition de 1938 et ce merveilleux tableau lumineux de l’abbaye de l’Escaladieu créé en 1999.

Indéniablement il laissera son empreinte dans le dédale arcanique de l’art du 20e siècle, mais il est bien capable d’entamer le 21e avec une fraîcheur nouvelle que bien des gamins de 50 ans lui envient depuis le début de leur carrière.

Jacques Mounier
Critique d'Art et Directeur en Chef de Arts Actualites Magazine