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Dessine-moi une sculpture
Arts Actualites Magazine

Peut-on se poser une question quand on a rencontré Marc Cénac ? Quand arrive t-on à maturité, à la force de l’âge, à la maîtrise de son art et au paroxysme de sa passion. Que de questions sont posées à propos d’un artiste hors du commun.

Tout le monde connaît le peintre, tout le monde connaît, peut-être un peu moins, le sculpteur, mais peu de privilégiés connaissent le bonhomme. Car il faut l’appeler ainsi. Dans ce mot, il y a le mot homme, et Dieu sait s’il sait de quoi il parle, mais il y a aussi le mot bon.

Nous y voilà, quand ce bonhomme se retourne, il voit sa vie, ses amours, ses expériences, ses joies et ses amertumes. Alors, comme pourrait le dire Saint-Exupéry, il voit le petit Prince et sa famille.

Mais, quelle joie, il n’embrasse pas que le désert, mais une myriade de personnages qui forment une constellation dont il est l’étoile géosphérique. Le mot est lâché, non sans tendresse ni lâcheté on ne se réfugie pas dans sa famille, on la construit tout au long de sa vie, on la sait, on la poursuit, car elle est l’objectif inconscient et inavoué de tout un cheminement quand on frise les 82 ans.

On a voulu tout faire tout seul, comme un grand, sans aide, sans avis, mais aussi sans forfanterie et puis à la pointe de sa vie battue par les vents de la solitude, il a voulu tout reconstruire à travers son œuvre. Alors, lui, il s’est lâché, il a fouillé, il a mis son cœur à nu, et il a avoué tout son amour à ceux qu’il n’avait pas su connaître comme il l’avait tant espéré.

Cela nous donne une œuvre de reconnaissance colossalement construite avec des larmes et des émotions, des regrets et des souvenirs. Parlez-lui d’Eden, il connaît, à quelques encablures de Tarbes,. c’est un jardin extraordinaire comme dirait Trenet qu’il élabore depuis maintenant plus de deux ans et la première de ses aspirations a été « sa famille » à la vue de tous dans le jardin des poètes de son musée. Sculpture monumentale à l’échelle de l’attachement qu’il porte à ceux qui lui ont trop longtemps manqué.

Cénac, dans tout son art, Dieu sait s’il est grand, dit toute son affection à tous ceux qu’il a aimés. Espérons que ceux-ci sauront bien lui rendre.

Jacques Mounier
Critique d'Art et Directeur en Chef de Arts Actualites Magazine