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Les Arts | Septembre 1990
Nouvelles Affiches de Marseille
Jean-Max Tizier
Aux yeux de Marc Cénac la réalité ne se présente pas dans l’ évidence de lignes nettes, de volumes tranchés, de couleurs éclatantes. Tout se perçoit comme brouillé par la distance. Une sorte de vibration hésite aux limites du sujet, donnant aux éléments les plus statiques un mouvement. Ces caractéristiques, jointes au choix des tonalités sourdes qu’ affectionne l’ artiste, contribuent à créer l’ atmosphère de la toile. Et l’ on comprend très vite que là est la préoccupation de Cénac : matérialiser une ambiance, donner une pérennité au fugace des impressions visuelles.

Les 76 toiles exposées à Cassis retracent l’ itinéraire du voyageur. Certaines fixent des vues ou des moments privilégiés de la Chine, comme ces vélos alignés dans une rue de Canton étrangement déserte, ou encore le marché à Hong-Kong. D’ autres fouillent à travers l’ Egypte les mystères du Moyen-Orient : “ L’ Oued “, une scène de marché, des femmes arabes, un fumeur d’ opium. La France fournit aussi un grand nombre de thèmes, et nous sommes particulièrement heureux de relever des tableaux représentant le Vieux-Port ou les ruelles du quartier du Panier. L’ interêt de cette manifestation c’ est bien de montrer comment cet artiste au talent probe sait être éclectique dans ses propositions sans perdre sur l’ unité de son travail.

Mais Marc Cénac a aussi dans son univers pictural, son jardin secret, des toiles qu’ il affectionne particulièrement et qu’ il nomme ses “ rêveries “. Là, il laisse en quelque sorte parler la peinture à travers lui. Il projette les mouvements intimes de son âme en des compositions à dominantes nocturnes, évocatrices de lacs et de marées. Sa manière alors touche aux frontières de l’ abstrait. C’ est par la vibration de la matière qu’ elle impose son ordre.