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Le Meridional | Octobre 1988
Charles Benharouin
Avec Marc Cénac à l’ affiche de ses cimaises, la Galerie Laetitia offre une grande première aux Marseillais : l’ exposition d’ un artiste de qualité aux facettes multiples révélatrices d’ un grand talent qui lui permet d’ aborder avec le même bonheur aussi bien peinture que sculpture. Mais avec ce caractère essentiel d’ enthousiasme qui décuple l’ émotion vraie pour transcender le réel en rêve. Paysagiste affirmé autant qu’ il est compositeur virtuose pour dresser un bouquet aérien de fleurs sonores ou dire un tendre poème à travers la sensualité fugitive d’ un nu, Marc Cénac met toujours un point de fièvre à traduire une oeuvre. Sa peinture est une peinture d’ émotion et de rythmes qui renouvelle le motif dans la suggestion d’ une palette aux intonations sensibles et chaudes qui inscrit un climat plutôt que la vision de l’ artiste. De plus, il y a cette légèreté gestuelle de la touche qui crée un mouvement de la forme au profit de l’ intensité de la lumière qui rappelle un Turner dans la mouvance d’ un ciel tourmenté et où Marc Cénac excelle. On sent l’ artiste tout à fait heureux dans l’exaltation créatrice d’ un paysage non pas sur un mode ou une école mais tel qu’ il le ressent. C’ est à dire dépouillé de toute anecdote qui alourdirait le reçu mais avec la seule fébrilité qui le pousse à stopper la marche du temps à un moment précis du regard. Alors toute la beauté de l’ écriture apparait pour faire de la peinture de Cénac une peinture vivante, irrisée d’ amour et de légèreté pétillante comme du champagne qui filtre le bonheur d’ une grande joie intérieure. Oui, Cénac est bien un grand artiste qui sait communiquer son émotion. Comme il sait aussi offrir des sculptures animées de ce tempérament extraordinaire qui fait les grands talents et nous ramène à la beauté plastique de la Grèce antique toujours présente.