HOMMAGE DE JEAN-LAURENT VILON A MARC CENAC

MARDI  6 JUILLET 2004 A SOUES, HAUTES PYRENEES - FRANCE


Vous, oui vous Marc, car on ne peut tutoyer un maître. Il faut respecter cette distance qui sépare le peintre qui apprend de celui qui maîtrise. Vous me parliez souvent de votre maître Edouard Buntshu avec des yeux remplis d’admiration, mais surtout et le plus important, avec une certaine fierté de l’avoir connu.C’est à mon tour aujourd’hui d’avoir les mêmes mots pour vous. 

Tout le long de mon parcours avec vous, je pouvais sentir cette relation particulière que vous aviez avec la religion. Elle faisait partie de votre art, et j’aime voir dans vos rêveries une discussion personnelle entre Dieu et vous-même. Vous étiez proche de Dieu tout le long de votre vie, aujourd’hui vous étes enfin près de Lui.  

Vous nous laissez seuls avec votre oeuvre, votre travail, vos enfants comme vous aimiez si souvent le rappeler. Vous n’avez pas eu d’enfants mais vous saviez vous arrêter pour les écouter. C’est ce que vous avez su faire devant cet adolescent de 13 ans que j’étais. Avec votre générosité et votre écoute vous avez vu en moi un peintre. Et avec toute votre force vous m’avez alors donné le plus important qu’un artiste puisse offrir, et ce fut votre passion pour la peinture. 

Dans le silence de votre atelier je vous regardais travailler la palette. Vous me répétiez souvent : 
“On juge un peintre à sa palette pas à son tableau.”
Alors pendant plusieurs étés je travaillais mes gammes que vous regardiez attentivement. Vous n’utilisiez que les couleurs primaires pour composer vos toiles. Aucune couleur sortie du tube n’était acceptée. L’exigence envers les autres commence par l’exigence envers soi, et c’est sans doute cela que vous vouliez me faire saisir.

C’est je pense votre relation avec Dieu qui exigait de vous-même le meilleur, le plus dur, le plus beau. Votre Art parle pour vous et continuera de nous parler à tous pendant des générations. Votre oeuvre, elle, peut être définie par bien des termes, mais j’aime à la résumer à un seul mot : Générosité. 

C’est cette générosité que vous avez su nous offrir avec votre épouse Annie, en réalisant ce dernier cadeau qui est la Fondation Cénac. Vous avez offert à cette région, à votre région, votre patrimoine artistique. C’est cela aujourd’hui que nous devons célébrer, votre travail, votre don, votre foi, votre amour pour la vie, votre Jeunesse remplie de bonheur et de solitude, et puis enfin la rencontre ultime avec Annie, qui plus que les autres, a su voir, comprendre et écouter le peintre que vous étiez.

Vous avez ressenti le départ de ma soeur Laetitia avec beaucoup de chagrin comme si elle était votre fille. Et comme elle, vous avez voulu vous battre face à l’impossible. Face à la maladie, la mort n’est pas une défaite mais une délivrance. Aujourd’hui votre combat s’est en effet transformé en victoire. Car le silence a remplacé les doutes, la paix a elle, remplacé la souffrance. 

Je vous ai écrit souvent l’admiration et la reconnaissance que je vous porte, mais maintenant je dois vous laisser partir, nous devons tous le faire. Vous avez aimé rêver, vous avez eu le courage d’accomplir vos rêves, alors aujourd’hui laissons-nous bercer par vos rêveries, laissons-nous vous regarder partir en paix rejoindre vos ciels, vos rivières, vos lacs, vos océans, vos couleurs, vos lumières. 

Jean-laurent pour Marc